Election présidentielle du Sénégal : aller voter ou ne pas aller voter ?

09 - Février - 2019

Maître Abdoulaye Wade, dans sa déclaration le jour de son retour au Sénégal, après une longue procession qui l’a mené de l’aéroport de Diass jusque devant la permanence du PDS, nous disait que le président Macky Sall a déjà fabriqué les résultats du scrutin à sa faveur pour passer dès le premier et que donc c’est inutile de participer à cette élection. Il demande même d’empêcher la tenue de celle-ci, mais s’empresse-t-il de dire dans la non-violence. Il conseille aux électeurs de brûler leurs cartes d’électeurs et les bulletins de vote. Mais j’ai une double interrogation face à cette posture ; d’abord nos cartes d’électeurs font office de carte d’identité, ensuite comment pourrait-on empêcher la tenue des élections sans user de la violence, surtout que le camp d’en face est prêt à tout pour le second mandat ? Il faudrait à mon avis essayer cette fois-ci de mettre en place une stratégie à même de déjouer les pièges posés par ce régime pour encore sortir vainqueur des élections.
Le gouvernement du président Macky Sall a toujours su tirer profit de la posture de l’opposition à chaque élection organisée durant son magistère. Lorsque la dispersion des suffrages l’arrange, il encourage l’éclatement de l’électorat, comme pendant les élections législatives avec un mode de scrutin majoritaire à un tour. En effet, il est avéré aujourd’hui que plusieurs des 47 listes de coalitions présentes lors de ces élections ont été créées ou tout au moins soutenues par la majorité. A l’époque, l’opposition est tombée dans le piège en étant incapable de s’unir, ce qui pourtant pourrait constituer une occasion d’imposer la cohabitation avec une majorité à l’Assemblée Nationale.
Pour cette élection présidentielle, l’objectif affiché par le président Macky Sall dès le début du processus électoral est de limiter le nombre de candidats pour augmenter ses chances de passer dès le premier tour. S’il y a moins de candidats, il est plus facile pour lui d’atteindre la barre des 51%, en plus de tous les autres artifices utilisés pour faire voter ceux qui sont favorable à la majorité et empêcher l’expression du vote potentiellement défavorable.
Mais cette fois-ci, les leaders de l’opposition semblent comprendre la stratégie du diviser pour régner de Macky Sall. Hormis le boycott suggéré par certains, que je ne partage pas du tout, il y a risque d’un fort taux d’abstention, ce qui ne ferait que l’affaire du candidat sortant qui, avec les moyens de l’Etat, dispose d’un minimum d’électorat, mais mobilisable. Le président Macky Sall est depuis longtemps minoritaire dans ce pays, la preuves par les élections législatives où il n’a obtenu que 49% des votes avec tout ce qu’il y a eu comme obstruction et irrégularité. Et depuis, sa cote de popularité n’a cessé de dégringoler. Aujourd’hui, certains observateurs lui créditent entre 30 et 40% des intentions de vote. Mais toutes ces estimations tiennent si tous ceux qui doivent voter, se déplacent le jour du scrutin pour aller exercer leur droit. N’oublier pas que les 51% qui peuvent faire passer Macky Sall dès le premier se calculent par rapport au nombre de votes valablement exprimés le 24 février. Tout le monde parle de vote sanction contre Macky Sall, mais il faut aussi un vote utile, ce qui nous dicte d’aller vers les candidats qui ont une chance réelle de remporter la victoire face au candidat Macky Sall.
Le parti Bokk Gis Gis, à travers une décision de l’ensemble des militants et sympathisants avait donné dès le début mandat au président Pape Diop pour soutenir la coalition Idy2019. On pourrait tenter de dire que l’histoire nous a donné raison puisque la plupart des candidats recalés par le parrainage ou le Conseil Constitutionnel ont porté leur choix sur cette coalition. Mais le plus réconfortant, est de voir l’adhésion des populations à travers la caravane Idy2019 qui sillonne le pays pour les besoins de la campagne électorale. Aujourd’hui, le soutien de Khalifa Sall et de sa coalition Taxawu Dakar a donné un grand coup de fouet à la coalition, sans oublier les soutiens de Bougane Guèye Dani, Abdoul Mbaye, Mouhamadou Lamine Diallo, Cheikh Bamba Dièye, Mamadou Diop Decroix, Malick Gakou, Thierno Bocoum, Amsatou Sow Sidibé, Cheikh Alassane Sène etc. Le reste c’est de continuer à mobiliser les électeurs et de veiller à la sécurisation du vote pour éviter toute violence ou manipulation qui peuvent empêcher l’expression libre de la volonté populaire. Et s’il est vrai comme l’a dit le président Wade dans sa déclaration qu’il y a encore des patriotes dans l’appareil d’Etat, nous pouvons espérer un dernier sursaut d’honneur de la part de certains fonctionnaires ou d’agents de la sécurité publique pour accompagner cet élan populaire pour le changement de la politique actuelle au Sénégal.
Pour cette fois-ci, nous voudrions élire un président au lieu de voter uniquement pour sanctionner un président.
Ibrahima Wade, Cellule de Cadres de Bokk Gis Gis

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