Fer de Falémé : Tosyali est une entreprise très dangereuse (Mohamed Dia)

01 - Septembre - 2019

Les sorties se multiplient, les unes après les autres. D’abord les membres du ministère des Mines, puis Abdou Mbow, ensuite Aminata Touré et enfin Abdoul Latif pour le moment. Parmi toutes ces sorties, aucune ne parle de l’enjeu économique et des avantages que le Sénégal et ses générations futures tireront de ce contrat avec cette entreprise turque. Que des sorties pour montrer au président qu’il peut compter sur eux. Que des sorties pour s’attaquer au leader de Pastef. Et si on parlait finalement du danger de signer ce contrat avec cette entreprise, qui asservi ses employés et déstabilise l’économie d’un pays, pour essayer de raisonner avec ce gouvernement ? Il s’agit du Senegal et nul n’est au dessus de notre pays.

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Selon les chiffres officiels du gouvernement, durant le second trimestre de 2019, le déficit commercial du Sénégal s’est dégradé de 124,1 milliards. Ce déficit a été causé par la baisse des exportations de 77,8 milliards de FCFA et une augmentation des importations de 52,5 milliards de FCFA. Les exportations de biens ont baissé de 77,8 milliards de FCFA durant le second trimestre de cette année et les exportations vers la zone UEMOA ont aussi baissé de 10,2 milliards de FCFA. C’est cette situation que le pays vit actuellement.

Après un septennat de dépenses de prestige et d’amateurisme financier, les signaux de détresse étaient allumés. On a fait appel au FMI pour une politique d’assainissement budgétaire pour réduire le déficit et contrôler la dette. Cette dernière a augmenté de manière exponentielle en partie aussi à cause des entreprises publiques dont le déficit est financé par l’Etat. La mauvaise gestion budgétaire a causé une hausse du déficit budgétaire de 0,5 % entre 2017 et 2018. Il a fallu boucher certains trous en émettant des eurobonds. Durant les trois dernières années, la croissance du PIB en 2018 a été la plus faible avec une mauvaise performance du secteur secondaire durant le troisième trimestre de 2018.
Avec une dette intérieure chronique, le Sénégal peine à payer les entreprises publiques, parmi ces entreprises, on note celles du secteur du Bâtiment et travaux publics (Btp). L’Etat leur doit 250 milliards de FCFA et cela a causé l’arrêt de plusieurs chantiers et le licenciement de milliers de chefs de famille.

Arrivé en 2007 en Algérie, Tosyali, cette entreprise turque, de droit algérien, y a construit le plus grand complexe sidérurgique de la Méditerranée et d’Afrique sur une superficie de 2 millions de mètres carré. Elle y produit 2,8 millions tonnes d’acier, 2,5 millions tonnes en rond à béton et 550 000 de tubes spirales. Le coût total de l’investissement s’élève à 130 millions d’euros.

En l’espace de deux ans, cette entreprise a réalisé un bénéfice net de presque 400 millions d’euros. Savez-vous comment ils ont réalisé de tels chiffres ? Ils ont imposé le prix d’achat de la ferraille pour leur production et ils payaient un prix tellement dérisoire que ça devrait être illégal, le kilo de ferraille leur revenait à moins de 50 FCFA. Quand la ferraille ne devenait plus trouvable sur le marché algérien, ils ont été autorisés à importer la billette de fer sans impôts ni frais de douane pendant que les autres importateurs nationaux ne sont pas encore autorisés à importer.
L’entreprise a ainsi détenu le monopole du marché et les autres trente entreprises locales ne sont pas encore autorisées à importer la billette de fer et la concurrence qui maintenait les prix du fer à un seuil raisonnable n’existait plus. L’Etat a utilisé l’alibi de contrôler la sortie de devises à cause de la crise pour imposer les licences d’importation. Du jour au lendemain, le prix de la tonne de fer qui coûtait 26 892 FCFA est passé à 50 797 FCFA, une hausse de presque 100 %. Le marché n’a pas compris cette hausse vertigineuse et plusieurs chantiers ont arrêté et les maîtres d’ouvrages ne pouvaient plus payer les employés qui ont été finalement licenciés. Pire, l’entreprise turque a refusé d’accorder des crédits aux entreprises de BTP.

Le plus grand danger se trouve dans le fait que l’entreprise turque est la seule entreprise qui couvre tous les besoins en fer de l’Algérie. Ce monopole fait qu’elle décide du prix à afficher et cela a causé des dégâts majeurs, car toutes les entreprises du BTP sont au ralenti à cause du prix exorbitant du fer. Maintenant, les entreprises du BTP qui souffrent déjà au Sénégal à cause de l’Etat qui n’arrive pas à payer sa dette, que pensez-vous qu’il en sera une fois que cette entreprise s’installe et commence à produire ?
La situation s’empire et il a fallu que l’Etat débloque 580 millions d’euros pour poursuivre les projets de logements sociaux en cours. Conséquemment, l’entreprise turque se frotte les mains et s’enrichit sur le dos des pauvres algériens et l’Etat n’ose rien dire à cause des contrats signés. Qu’est-ce que nos dirigeants ont signé ? Est-ce que ce qui est arrivé en Algérie ne peut pas arriver au Sénégal ?

En mai 2018, les Etats-Unis avaient imposé une taxe de 50 % sur les importations en provenance de Turquie avant de rabaisser cette sanction à 25 %. Il fallait que Tosyali change de stratégie et ils ont alors augmenté la production en Algérie pour pouvoir exporter à partir de là-bas vers les Etats-Unis pour éviter cette imposition. C’est ainsi qu’ils ont pollué l’Algérie pour envoyer 60 000 tonnes vers les Etats-Unis.

Nous savons tous que cette entreprise utilise les pays à revenu intermédiaire pour pouvoir se faire de l’argent, une sorte de guerre froide où nos pays sont utilisés comme bouclier. Si cette entreprise, qui cache ces livres financiers, s’installe au Sénégal, les entreprises de BTP vont disparaître, et les pauvres travailleurs dits journaliers n’auront plus de travail dans un pays déjà pauvre. Un pays ou 50 % de la population est pauvre et les populations ne cherchent qu’à assurer les trois repas.

Que ceux qui sont dans le gouvernement et qui pensent que cette entreprise nous fera du bien n’ont qu’à intervenir dans ce sens et non dans la polémique. Après tout, il s’agit de nos ressources naturelles.

Mesdames et Messieurs les autorités compétentes, ne signer pas le contrat d’approbation!

Mohamed Dia

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