OUMAR SARR :«LE PROBLEME DE FOND DU PDS, C’EST KARIM WADE»

18 - Décembre - 2019

Au Sénégal, c’est la crise au Parti démocratique sénégalais d’Abdoulaye Wade. Le PDS se déchire depuis l’élection présidentielle de février 2019. La candidature de Karim Wade, fils de l’ancien président, condamné pour enrichissement illicite et en exil au Qatar depuis 2016, avait été retoquée. Le parti n’avait donc pas présenté de candidat. Mais cette stratégie du « Karim sinon rien » l'a profondément divisé. Longtemps numéro deux de la formation, Oumar Sarr en a été écarté. Et d’autres piliers du parti libéral ont quitté le navire. Pour Oumar Sarr, le PDS est aujourd’hui mort, et cela à cause de Karim Wade. 

Rfi : Oumar Sarr, est-ce que vous considérez que vous êtes toujours membre du PDS ?

Oumar Sarr : Oui, formellement, je suis membre du PDS. Mais comme vous le savez, il y a eu une note circulaire signée par le président Wade disant qu’Oumar Sarr s’est auto-exclu. Bien sûr, nous avons pensé que cette note est nulle et non avenue, illégale en tous points de vue. Une personne, la plus importante soit-elle, ne peut pas rayer quelqu’un d’un parti. Il faut des instances, il faut des structures… Ce sont les statuts qui le disent, c’est le règlement intérieur qui le dit. Donc je ne sais pas dans quel monde ils sont. Je pense quand même qu’ils marchent sur la tête Depuis déjà plus d’un an, il n’y a plus de direction du PDS qui se réunit. Le PDS est un peu perdu dans les vagues.

Dans cette note que vous évoquez, signée par Abdoulaye Wade, vous êtes accusé «de saper l’unité du parti» ou encore«d’actes de défi». Comment est-ce que vous avez réagi à cette note ?

Cela m’a fait d’abord rigoler. Je me suis dit que, vraiment ces personnes ne se prennent plus au sérieux. Nous, on a supposé que c’est Karim Wade qui l’a écrit et que c’est son père qui l’a signée. Nous avons, bien sûr, réfuté totalement cette circulaire, illégale en tous points de vue.

Vous évoquez Karim Wade. Pour vous, c’est lui ? C’est Karim Wade, le problème de fond du PDS ?

Oui, absolument. Lors de l’élection présidentielle de 2019, Karim Wade était notre candidat. Je rappelle quand même qu’il était en prison quand nous l’avons élu. Le congrès du PDS l’a élu candidat. Nous nous sommes battus, nous l’avons libéré. Et après, il a maintenu sa candidature, sachant bien qu’il n’allait jamais, jamais, revenir pour être candidat. Moi-même, on m’a désigné comme directeur de campagne, soi-disant. Directeur de campagne d’un candidat fictif. Il (Karim Wade) n’est pas venu et ensuite cela a créé une crise importante du parti. Parce que, s’il savait dès le départ qu’il n’allait pas venir, on aurait pu - nous, à l’intérieur du PDS -, trouver une solution alternative. Donc, il nous a caché la vérité, et il manipule vraiment son père. Toutes les décisions qui sont prises aujourd’hui par son père sont en réalité pré-signées par Karim Wade.

Karim Wade reste silencieux. Que veut-il, à votre avis ?

En réalité, je pense qu’il est plus intéressé par les affaires que par la politique. Parce qu’il ne veut pas d’amnistie, comme il dit, il veut la reprise de son procès. Si c’est un homme politique qui veut être candidat à une élection quelconque, l’amnistie suffit largement, mais apparemment, il veut autre chose. Il ne sait pas faire la politique.

En plus, on n’hérite pas d’un parti comme le PDS qui a une histoire. Le PDS existe depuis 1974. Il ne faut pas venir comme cela et dire : ‘’Mon père est vieux, je le remplace’’ et créer une espèce de fan-club Karim Wade - et dire que c’est cela, le parti. Donc, nous pensons que, ce qui l’intéresse, aussi, c’est de prendre éventuellement en otage le PDS pour l’utiliser plus tard pour ses affaires.

Après la présidentielle de février 2019, vous avez participé au Dialogue national, à son ouverture en mai dernier, sans l’aval d’Abdoulaye Wade, patron du PDS. Pourquoi cette initiative ?

Quinze jours avant, j’ai discuté avec le président Wade. Le président Wade avait donné son accord total sur le Dialogue national. Il m’avait mandaté pour y aller. Le soir vers 20 heures, il y a eu un communiqué du PDS et dans le communiqué on disait que le PDS n’allait pas au Dialogue national.

Je savais déjà que Karim Wade ne voulait pas de ce Dialogue national. Il voulait comme préalable que le président Macky Sall se prononce sur la révision de son procès. Et voilà qu’à cette occasion, on prend une mesure non concertée. Cela n’a jamais eu lieu. C’est vraiment la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Je me suis dit : je vais prendre mes responsabilités et aller au dialogue national, expliquer aux militants, aux populations du Sénégal, pourquoi je suis allé au Dialogue national.

En août dernier, vous avez lancé le mouvement Sukhali Sopi, avec d’autres ténors du PDS, Amadou Sall ou Babacar Gaye. Où en est-on de cette alliance ?

Vous voyez un peu partout dans le département au nord ou au sud du Sénégal, des responsables, des sections entières qui se déclarent aujourd’hui membres de Sukhali Sopi. Nous ne pouvons pas, aussi, rester comme cela les bras croisés ! Le PDS n’existe plus en réalité ! Il n’a plus aucune activité ! Donc nous ne pouvons pas mourir avec ce PDS-là et nous allons démontrer que la plupart des militants et responsables du PDS sont avec nous. Nous allons le démontrer dans les élections à venir.

Les élections locales ?

Les élections locales, qui normalement devraient avoir lieu au plus tard fin mars 2021.

Et donc, éventuellement, l’ambition serait de présenter des candidats sous la bannière Sukhali Sopi ?

Oui, absolument. Aujourd’hui, on ne se voit pas être les candidats PDS du fan-club de Karim. Nous pensons incarner le PDS en ce qu’il a de plus sain, de plus combatif. Donc si la coquille PDS n’est plus utilisable, il faudra bien définir une autre stratégie et probablement à être carrément un parti.

Donc la guerre est réellement déclarée avec Abdoulaye Wade et les Karimistes ?

Le président Wade, nous le respectons. Nous allons toujours continuer à le respecter. C’est notre mentor, en quelque sorte. Mais le fan-club Karim n’est pas le PDS, pour nous. Nous pensons que nous l’incarnons mieux. Nous ne pouvons pas, ni arrêter, ni reculer. Nous allons continuer.

Commentaires
0 commentaire
Laisser un commentaire
Recopiez les lettres afficher ci-dessous : Image de Contrôle

Autres actualités

12 - Juillet - 2022

LEGISLATIVES 2022 : ASSOME AMINATA DIATTA INVESTIT KEUR MASSAR VILLAGE

C’est dire que Assome Aminata Diatta doit faire valoir des compétences pédagogiques pour que la cherté des denrées de première nécessité ne...

12 - Juillet - 2022

Après le lycée de Yoff, un scandale éclabousse au lycée Limamoulaye

Alors que l’on n’a pas encore fini d’épiloguer sur l’affaire du Lycée Ousmane Sembène de Yoff, un autre scandale éclabousse le lycée...

11 - Juillet - 2022

ISMAËLA MADIOR FALL : UN BOUFFON AU SERVICE DE LA FALSIFICATION DU DROIT (PAR SEYBANI SOUGOU)

« Jurisprudence Mamadou Tandja contre le Niger du 08 novembre 2010 : la Cour de justice de la CEDEAO n’a point besoin d’ordonner l’exécution immédiate de ses...

11 - Juillet - 2022

« Uber Files » : Emmanuel Macron dans la tourmente

Le président de la République française est dans la tourmente. Des révélations de la presse internationale démontrent comment, alors ministre de...

11 - Juillet - 2022

LEGISLATIVES ENCO 2022 : ATTAQUE FRONTALE DE BBY CONTRE AAR SENEGAL

Le foyer de Drancy a abrité le lancement officiel de la campagne électorale pour les législatives du 31 juillet, de la coalition BBY. C’était le dimanche 10...